"Zusammen" dit l'une d'entre elles dans "Les Larmes amères de Petra von Kant" film de Werner Fassbinder (1972)
Publié le 13 Juin 2012
Juste ce billet pour vous dire combien j'ai aimé ce film dont je ne connaissais rien. J'avais plus jeune entendu
parler de Fasbinder qui a 27 ans lorsqu'il tourne ce huis clos tiré de sa pièce link comme un réalisateur si
tourmenté qu'il perturbait les actrices notamment l'une d'entre elle qui fut sa muse et qui débuta avec lui, la belle Hanna Schygulla link.
A 22h, le casque sur les oreilles, j'ai suivi en allemand cette tragédie portant sur l'amour, la passion jusqu'à sa fin, depuis l'extase, la possession jusqu'à la déchirure d'un coeur épris. Ah
j'allais oublier de vous informer que cette histoire de vie était celles de deux femmes, l'une styliste célèbre, l'autre plus jeune, opportuniste. Mais il y en d'autres, l'amie, la mère, l'enfant
et cette étrange assistante domestiquée telle une esclave profondément et impassiblement amoureuse.
Ce film traite d'une passion mais aussi des conditions des femmes parce qu'il nourrit le spectateur de confidences sur les rapports des couples, leurs conflits, les réactions des épouses, leurs
abdications face à la domination souvent sexuelle des hommes qui les bafouent, les aliènent, selon la créatrice de mode émancipée de l'amour.
Plaidoyer pour une idéologie où l'âme féminine exulterait au-dessus des compromis? Dans ce film, les femmes sont magnifiques jusqu'à la dérision. J'ai suivi avec ampathie l'ascension et la chute
de cette maîtresse femme aux démonstrations théâtrales, possédée par un être certes semblable et cependant plus égoïste. Selon moi, sa beauté magistrale était de penser sans cesse
tout en aimant déraisonnablement. Un paradoxe qui conduit à l'échec. N'est-ce pas?
Vous dire aussi quitte à vous surprendre que je n'ai à aucun moment été gênée qu'il s'agisse d'un drame entre deux femmes parce que même si le décor principal situé dans la chambre de
Petra, personnalité mondaine, est une tenture classique et érotique, à aucun moment les deux personnages principaux ne s'exposent charnellement. La jeune et blonde Karin est sensuelle et
superficielle tandis que l'autre, envoûtée dès leur première rencontre est progressivement fascinée, traversée, embrasée puis lunaire. L'amour ne se comprend pas. Il ne se juge pas non
plus.
Ah pourquoi le titre de mon billet avec le mot "Zusammen"?
L'héroïne éperdue en plus de cette délicieuse expression"Ich liebe dich",
répètait souvent à son amante admirative puis progressivement distraite "Zussammen", c'est-à-dire" profondément, "ENSEMBLE". Et lorsque je l'écoutais dans l'intimité de mon oreille, j'entendais aussi "Suzâme". Une coïncidence qui m'a
silencieusement illuminée pour longtemps.
Suzâme
(13/06/12)
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