Un collègue de Night-Day (nouvelle)

Publié le 23 Juillet 2012

« - Je l’avais vu…

-          Nous l’avions vu… »


Cet homme parmi tant d’autres se cachait sous un costume ou plusieurs, bien coupé, strict et élégant. Qui aurait dit qu'il étouffait au point que sa cravate du matin au soir depuis plus vingt ans, dans son labyrinthe existentiel, le lynchait?


Est-ce excessif de le montrer conforme à ses confrères, très diplômé, brillant, «bien sous tous rapports» comme il souhaitait l’être ?

Il était cadre comme beaucoup dans cette cité hautement administrative surnommée Night-Day.

D’apparence svelte, son visage presque hautain, donnait l’impression qu’il regardait au-dessus de vous. Il ne s’accordait  jamais un instant pour croiser, remarquer un de ses semblables même si c’était une femme. Pourtant, il y en avait; responsables et assistantes tout simplement belles ou d’autres plus séductrices dans leurs relations de service.


Non, lui passait les portes et quand il le pouvait, choisissait de rester dans son fief au 36ème étage, ces verres de contact ouverts sur trois écrans chiffrés éclairés de néons inépuisables.

Un soir, son front perla d’une sueur indécise, puis soudainement si importante qu’il la jugea inacceptable. Il éternua, toussa jusqu’à l’irritation, cherchant désespérément un peu d’eau dans son tiroir refermé sur ses habitudes. Son costume le collait, ses pieds ramollissaient sous son bureau, un espace tout aussi «impeccable» pour reprendre l’expression de la femme de ménage. 

Eut-il la tentation ? Non. Eut-il l’intention d’appeler ? D’ailleurs qui, à précisément, 21h07 ?

Sans miroir, il n’a jamais su que son masque avait viré du rouge au blême, que ses yeux s’étaient définitivement fixés sur cette seconde porte plus discrète, à la veilleuse permanente «EXIT»…

 

Suzâme

(23/07/12)

 

Rédigé par Suzâme

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Hauteclaire 02/08/2012 20:00


Une vie qui s'écoule et qui sans va, sans que personne s'en aperçoive ... Une vie moderne, ou une vie de tous temps, dans l'indifférence provoquée par une manière d'être ...


Difficile dans sa tour


Gros bisous Suzâme

Suzâme 05/08/2012 14:29



Une nouvelle qui est venue sans prévenir... Elle n'était pas loin de l'univers de La Défense... Merci pour ton passage. Ta lecture m'est si chère. Gros bisous. Suzâme



lafillequilisaittrop 25/07/2012 20:25


Pour l'article auquel tu me renvoies, tu sais je ne suis pas du tout du genre à jouer les victimes (je laisse le charme d'avoir l'air désamparé à d'autres, mais quand un type n'en vaut pas la
peine, avec moi, il peut aller se rhabiller). Trop fière. Et trop de sagesse pour s'abandonner à des passions irrationnelles. Les femmes ont toujours tendance à être trop faibles face aux hommes.
Mais ils n'en valent pas tous la peine. Je préconise la modération dans les affects et l'exercice de la raison chez les deux sexes.

Suzâme 03/08/2012 18:55



Merci de ton témoignage sans rapport avec ma nouvelle.



flipperine 24/07/2012 23:08


une bien drôle aventure

Suzâme 03/08/2012 18:50



C'est drôle de finir entre les 4 murs de son bureau...



Carole 23/07/2012 23:53


Le cadre... du néant. Longtemps, l'image s'y tient lisse et sage, à distance des hommes, puis la ficelle casse, le cadre se décroche.

Suzâme 03/08/2012 18:43



Fin et juste.



Plume 23/07/2012 22:28


Engoncé dans son costume et son rôle, sa vie l'a quitté sans qu'il se soit autorisé à éprouver la moindre émotion ...


Quel vide existentiel ...


Une nouvelle très originale, merci Suzâme .


Plume .


 


 

Suzâme 03/08/2012 18:41



et effrayante. J'espère que c'est une caricature de nos conditions de travail à la japonaise.