Tentation du nichoir

Publié le 6 Août 2012

Tentation du nichoir

 

Qui l’entend se débattre est impuissant à libérer cet être à plumes qui n’a encore jamais volé.


Sa tête a grossi plus que son bec. Ses yeux sont comme tournés vers l’intérieur. Sa voix n’atteint déjà plus les branches. Rempli de ses rêves pesant dangereusement sur ses ailes confinées, il appelle en sourdine ses parents qui avaient renoncé à l’initier au ciel parce qu’il était fébrile, maladroit mais surtout, ce que nul ne savait et encore moins lui-même, c’est qu’il était devenu leur otage.


Pas de place pour l’amertume, pour les regrets. Ne remuant presque plus, il picorait de moins en moins jusqu’à s’affaiblir. Etait-ce une grève de la faim pour se punir de son choix initial, celui de préférer ses songes ?


Aucun ami volatile ne lui rendit visite dans sa maison trop petite pour lui.


Ses pensées s’échappèrent une à une. Certaines étaient si ankylosées qu’elles  frôlaient le sol au risque de s’effondrer, d’autres apprenaient  l’envol entre la quête de l’inconnu et l’ampleur des réalités.


Il avait mûri et s’était allégé la tête qu’il pouvait maintenant passer. Ses petits yeux s’ouvrirent enfin sur le monde.


Presque décharné, déplumé à force de s’obstiner à libérer son corps qu’il avait si longtemps oublié, il surgit du nichoir qu’un humain avait proposé aux siens pour l’hiver.


Epuisé, il réussit son combat contre lui-même et ses chimères. Il se posa enfin sur cette branche qui lui parut immense, un bras à l’écorce de vie.

 

©Suzâme

(30/07/12)

 

Rédigé par Suzâme

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Catheau 07/08/2012 15:40


Une histoire de nichoir ou les dangers de "la tour d'ivoire". Jolie fable, Suzâme !

Suzâme 07/08/2012 18:37



Merci Catheau. Cette histoire née d'un simple affichage dans un parc "les nichoirs", a tordu ma plume sur le papier... Non, j'exagère ! Au fil des mots, j'ai été impressionnée par ce danger
d'emprisonnement par le rêve... 



corinne56 07/08/2012 11:22


Bonjour Suzâme,


Magnifique histoire où il ne faut jamais perdre de vue la réalité car lorsqu'elle nous rattrape nous n'avons pas d'autre choix que de l'affronter. Il faut parfois du temps pour prendre son envol
et franchir les étapes de la vie. Bisous et douce journée. Corinne.

Suzâme 07/08/2012 18:34



Et ce serait destructif que de ne choisir que le rêve... Merci d'être passée. A bientôt chez toi. Suzâme



joelle.colomar.over-blog.com 07/08/2012 09:47


Texte déchirant Suzâme mais il a réussi cet être à plumes, à pensées, en tournant son regard vers l'intérieur à ouvrir ses yeux sur le monde, à trouver un bras ami. Il existe des nichoirs qui ne
sont pas prison, qui sont réconfort pour mieux repartir vers les grands horizons. Bien amicalement. Je t'embrasse. Joëlle


PS: Une sirène qui sait la vraie valeur de la vie, celle qui l'habite !

Suzâme 07/08/2012 18:32



Qu'il est bon d'écrire en toute liberté les écueils qui nous guettent mais aussi les éblouissements. Merci pour ta présence si chère à ma motiviation. Suzâme



Nina Padilha 07/08/2012 08:49


Pauvre zozio !
Sélection naturelle des plus forts...
C'est triste.
Bisous !

Suzâme 07/08/2012 18:30



Celui-là était récalcitrant. Le rêve lui donnait des ailes dans la tête. Etrange, non! Bisous. Suzâme



Hélène Carle 07/08/2012 00:35


Et je crois qu'il a souri de dedans pour la première fois!


Très joli!


 


Hélène*

Suzâme 07/08/2012 05:43



Merci Hélène. Une histoire, même celle d'un oiseau permet d'exprimer tant de choses...