Le retour de Pietro

Publié le 20 Avril 2011

«Pietro, qu'as-tu fait de tes beaux biceps de marin tatoués d'amour ? Sur les muscles tentants de ton bras droit, Chéri, qu'est devenue la femme au ventre de printemps et sur ton membre gauche autrefois si galbé, la femme aux seins d'été?...»

 

«Retourne-toi un peu !

Pietro, qu'as-tu fait de ton dos, celui de tes victoires, du paysage gigantesque de ton village corse perché sur la corniche et ses oiseaux libres et ses fleurs épanouies?...»

 

«Allez, assis-toi, mon seul Amour. Je ne te reconnais pas.

Pietro, qu'as-tu fait de ton buste puissant, ton poitrail évinçant tous les mauvais coups de l'ombre, à peine envahi de ce poil animal, rebelle aux tourments? Et ce navire peint sur ta peau ruisselante, foulant la tempête, si fier, si fort comme toi?..»

 

«Tu trembles! Donne-moi tes mains, détends-les sur mes cuisses offertes!», insiste plus suavement Ariela, son amante de toujours. «Toi qui me sculptais, je ne les reconnais plus. Tes mains, elles étaient tout pour moi.... La dernière fois mon corps conquis se cabrait à la moindre caresse!...»

 

«Lève-toi ! viens vers moi !

Pietro! Qu'as-tu fait de tes jambes, piliers de ton existence, toi mon marin, mon homme, héros de tous les océans, prince de toute ma vie ? Les roses qui grimpaient, qui enlaçaient tes muscles hâlés, et leurs épines attendrissantes et ta jungle au milieu, notre île, si riche de nos parfums, de nos délires...»

 

«Pietro ! Qu'as-tu fait de ton corps, ta forteresse et notre fête ?»

 

Ariela rafraîchit son amant avec une étoffe bigarrée, lavée, purifiée par la mer, en lui frottant délicatement sa silhouette maintenant allongée, fatiguée, comme un soldat revenu de ses enfers. Elle lui dessine du bout de ses doigts amoureux, dompteurs d'instants sublimes, les mouvements de leur passion, les ralentis, les ressentis de sa patience. Elle lui chante doucement ses attentes et ses prières.

 

«Pietro! Qu’as-tu fait de tes lèvres au goût salé, donneuses d’ivresse ?

Pietro ! Mon Piétro ! Qu'as-tu fait de ton coeur, ton tambour, notre amour?

et de ton regard d’aigle jaloux !...

Mais tu pleures!»

 

Pourvu que le temps préserve les sentiments. L’amour a tous les visages.

 

Suzâme

(20/04/11)

Rédigé par Suzâme

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Nina Padilha 20/04/2011 15:05



No comment.



Suzâme 20/04/2011 19:59



Bonsoir Nina,


J'ai écrit ce texte sensuel à 4 h du matin moins dans le but de décrire un corps qu'un rendez-vous avec la réalité à une étape de la vie à laquelle on ne s'attend que le plus tard possible. Ce
n'est pas seulement érotique mais lucide à l'image des interpellations d'Ariela qui semble au premier degré dominatrice... C'est plus compliqué. Je n'ai d'ailleurs pas réussi. Je débute dans les
histoires. Merci de ton honnêteté. A bientôt. Suzâme



Elo 20/04/2011 14:49



Il est très beau ce texte... Plein d'amour... Et l'amour vrai ne se résume pas aux apparences mais bel et bien à une attention intense et douce quoiqu'il arrive... Ton Ariela a cette patience et
cette douceur, elle saura le retrouver et soigner les plaies de son coeur! Au fait celà me fait penser à un conte pour enfant "la moustache du tigre" Sublime conte où une femme pour retrouver
l'amour de son mari fait appel à un grand sage qui lui demande des poils de moustache de tigre (bête très féroce)... La femme passera du temps et du temps pour approcher le tigre et lui
faire accepter de lui arracher 3 poils de moustache. Et le sage les brûlera en disant: "Si vous avez su apprivoiser la plus féroce des bêtes sauvages, vous réussirez avec votre mari"... A
très vite! Bises 



Suzâme 24/04/2011 18:45



Il y a deux histoires dans ce court récit, celle de l'amour et du désir, celle du temps. A bientôt. Suzâme