La Tisseuse, film chinois (2009) de Wang Quan An

Publié le 22 Juillet 2012

Du chinois dans les oreilles, certes! Et je ne le regrette pas. Le film de Wang Quan An nous prend à témoin en nous guidant dans une usine de filature en difficulté. Les femmes se plaignent de diminution de salaire  pour tout prétexte.

Nous suivons la vie de Lily, jeune travailleuse, épouse et mère d’un garçon qu’elle emmène suivre ses cours de piano. Son mari n’a plus de situation après un licenciement dont jamais il ne se plaint et garde sa fierté en vendant du poisson.

La pénibilité, le manque de perspective sont écrasantes. Chaque jour se ressemble dans une ville impassible à moins d’aller danser après l’usine, après la douche collective, les vaines confidences…

Justement sous l’influence d’une de ses collègues très soucieuse de sa déprime, de sa fatigue accompagnée de temps en temps de malaises et plus spectaculairement d’évanouissements, Lily acceptera de conjuguer ses pas, non pas pour se distraire, mais comme beaucoup d’ouvrières exploitées,  pour aider économiquement son foyer. Le dancing n’était pas un piège à illusions mais un moyen de vivre un peu mieux en accompagnant quelques messieurs.

Lily sourit rarement et pourtant nous suivons ses réactions, son inquiétude, ses tourments. Quelque chose envahit sa tête depuis son dernier symptôme et sa visite à l’hôpital. Son nez saignait de plus en plus souvent. Elle perdait connaissance sur son lieu de travail ou en pleine chorale.


Elle ne put éviter longtemps les consultations spécialisées. Dès la première, Lily entendit le diagnostic livré à son mari alors qu’elle devait subir d’autres analyses : une leucémie qui la condamnerait à court terme ou prolongerait son existence de quelques mois à condition d'en payer une facture inaccessible pour leurs faibles revenus.

Ce fut grâce à une rencontre masculine très cordiale lors de sa première soirée au Dancing du quartier et à la compréhension de son époux qui accepta toutes ses dernières demandes, qu’elle réalisera son vœu le plus cher : revoir la mer, c’est-à-dire, voyager dans son passé.

Elle prendra le train pour Pékin, et si elle déclare juste que c’est pour retourner à Beihaï, c’est aussi, secrètement, pour revoir son premier amant qui, dix ans après leur passion, ne s’attendra pas à la retrouver malgré la centaine de lettres sans réponse de l'homme tant aimé.

 

C’était inscrit depuis longtemps dans son cœur. Personne n’aurait pu la laisser ou la retenir dans sa chambre, devant son miroir, dans son lit indifférent à attendre la mort.

                                                

Arrivée dans les faubourgs de la capitale, elle se rend à l’usine, demandant le chemin le plus direct qui la mènera à son amour d’hier.


Dix ans de plus ? Il a des lunettes et se concentre sur une imprimerie. Lorsqu’il lève ses yeux, nous ne voyons plus qu’eux, leurs retrouvailles silencieuses.

 

Quelle émotion dans cette maturité d’une relation amoureuse qui ne se sera pas épanouie. Quel gâchis ! en raison des intérêts des familles.


Malgré leurs mariages réciproques, leurs soucis, la maladie de Lily qu’elle ne lui évoque jamais, leur profondeur, leurs mots échangés sans profusion, subsite leur amour. 


Tous deux prennent le car pour atteindre ce lieu de paix que leur mémoire idéalisait, où le temps, la vie, l’amour, la mort se relient au rythme de vagues douces comme si elles savaient que c’était le seul, le dernier jour de leur rencontre.

Du chinois dans les oreilles, certes ! Mais combien j'ai aimé découvrir Lily, la Tisseuse épuisée et partager ses conditions de vie et son intériorité. Elle a un beau visage grave aux lèvres charnues qui nous lie à la moindre de ses expressions. Je me souviendrais de son regard lors de son opération rendu possible grâce à la vente de leur maison, de son courage à affronter la vérité. Dans ce film, aucune sensiblerie ! Malgré son drame, je n’ai pas versé une larme tant la force de son personnage, les difficultés de son milieu professionnel, son quotidien, m’ont plutôt donné une leçon de réalité. Seulement chinoise ? Surtout humaine.

 

Suzâme

(16/07/12)

 

Quelques liens : http://www.cinemovies.fr/fiche_multimedia.php?IDfilm=19574

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/la-tisseuse_850615.html

Rédigé par Suzâme

Publié dans #Billets (Livres, cinéma, Théâtre, expo etc...)

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M'amzelle Jeanne 31/07/2012 22:07


Magnifique résumé.. on a vraiment envie de vivre ce moment devant le petit écran !


Merci..


Bizzouxx de Jeanne

Suzâme 05/08/2012 13:47



Bonjour,


J'espère qu'il passera sur les chaînes de la TNT. C'est une belle leçon de vie. Bon dimanche. Suzâme



Jonas D. 31/07/2012 10:31


J'adore le cinéma asiatique ! J'y cours dès que possible... Merci.


Jonas

Suzâme 04/08/2012 23:32



Je le découvre ainsi que le cinéma étranger. A bientôt. Suzâme



flipperine 25/07/2012 23:13


cela doit être très intéressant

Suzâme 03/08/2012 18:59



Je l'ai vu en V.O. pour la première fois j'écoutais du chinois. Les sentiments dans les bonheurs et les épreuves sont universels. C'était émouvant.



Plume 23/07/2012 21:52


L'admiration pour le combat et la détermination de cette femme prend le pas sur l'émotion, un peu comme si on se devait d'être à la hauteur de ce courage déployé pour vivre, dans un laps de temps
compté, tout ce à côté de quoi elle est passée. Peut-être cessons-nous d'être spectateurs ...


C'est fort, c'est un message sur lequel on reste concentré .


Un beau partage Suzâme, Plume .

Suzâme 03/08/2012 18:40



J'ai été déconcertée par son courage et son choix d'arrêter ses larmes pour profiter d'un temps indéterminé et trop court afin de retrouver les traces du passé, de son premier amour...  Une
belle leçon de vie... Merci pour ton attention. Suzâme



Catheau 23/07/2012 18:29


Vous nous donnez vraiment envie de suivre les pas de cette "Mère Courage" !

Suzâme 29/07/2012 18:58



Une belle émotion que de suivre ce drame qui révèle l'importance de l'individu sur la collectivité en Chine. A bientôt. Suzâme