La quarantaine

Publié le 8 Juin 2011

Elle est tellement belle avec ses mains cachées au fond des poches de sa robe bigarrée. Ses cheveux auburn glissent sur ses hanches rondes et tendres, soie fluide, torrent sombre...

 

Tout donner de ses instants à ceux qu'on aime, invisiblement poser chaque cube des heures, disposer délicatement l'échafaudage de chaque jour éblouissant, sans savoir vraiment que la forteresse grandiose de l'Amour se construit naturellement, intensément à bout de bras dès la jeunesse avec passion et déraison.

 

Tout aimer de l'être jusqu'à ses démons, un par un, oh seulement ses ombres qui apparaissent par intermittence juste dissimulées par la flagrance de la lumière comme des mots crus, jetés sur le lit, tranchés au couteau des réalités ou d'insondables silences.

 

Le sablier explose. Le sable s'étale puis s'éparpille. Elle a la quarantaine et le temps qui s'échappe de son visage à cause d'une blessure, d'une chose imperceptible pour son entourage qui fissure ses yeux démaquillés, aussi nus que son âme meurtrie. Elle se sent comme rose au fond d'un vase vide, jadis généreux, incontournable par sa simple présence.

 

Tout quitter de ce royaume sans fin appelé aussi Bonheur, son immense salle, sa table animée de couverts plein d'appétit, ses chambres et son alcôve, bruits et parfums, chaque recoin de tendresse.

 

Tout prendre du regard dans un seul vertige, toucher ce partage dissolu, ce monument écroulé sans ruines apparentes en quelques mots assassins qu'elle ne saura jamais confier.

 

Le désamour tue le jour, dévaste une vie aussi sûrement que la haine mais avec la douceur d'une source empoisonnée dans le verre d'un chagrin à naître.

 

Qui lui dira? «Tu es magnifique à chaque seconde parce que tu existes, parce que tu penses la vie sans cesse avec poésie et surprends l’instant et métamorphose d’un seul regard chaque âme aimée, chaque objet choisi, saisi, si souvent embelli...»

 

Sur son île où l'amour dévore l'espace, les êtres s'épanouissent comme les fruits de l'insouciance, éclaboussés par le soleil de son cœur.

 

Suzâme

(6/05/11)

Rédigé par Suzâme

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Catheau 01/08/2011 14:40



Etre regardée pour se sentir exister rassemblée. Un texte qui exprime la douce douleur intime.



Suzâme 12/08/2011 18:36



Bonjour Catheau,


L'écrire m'a empoigné le ventre. J'y ai pensé si fort. Parfois les maux des autres deviennent les mots de mon âme. Je les décris comme si je les vivais. Ta profondeur me touche. Amitiés. Suzâme



Arthémisia 13/06/2011 10:37



Personne ne lui dira.



Korielle 11/06/2011 20:48



Le temps coule inspirant les poètes, ah le bel age! la quarantaine resplandissante! la beauté


de la sagesse ...c'est l'été de la vie avec la clarté lumineuse!


Bon week-end amical bisou



Suzâme 12/06/2011 17:20



Merci pour ton témoignage de la quarantaine heureuse. C'est l'âge de la vie, sans cesse au rendez-vous, sous les pas davantage que devant le miroir? C'est l'âge de cette vie qui est dans le corps
imprégné de désirs et dans le coeur rythmant l'équilibre de l'univers. A bientôt. Suzâme



Elo 10/06/2011 16:59



tous les coeurs tendres et ouvert pourrons lui dire ces mots dont elle rêve... Car son coeur aussi est plein de douceur et d'amour ! Parfois la vie veut que ces mots ne sortent pas de la bouche
attendue, c'est parfois simplement une pudeur qui les retient, ou une incompréhension qui les freine... Elle ne doit pas s'en formaliser, la première à s'aimer et à aimer son coeur tendre, c'est
elle ! et cet amour là, personne ne le lui ravira jamais !!!!!


Bisous



Suzâme 12/06/2011 17:12



Bonjour Elo,


Merci pour ton aile, de ton élan...Ce texte était dur à écrire et ton commentaire lui parle avec douceur. Suzâme



askelia 09/06/2011 19:35



Bonsoir, oui souvent écrire fait mal, très mal, jusqu'à en hurler... Mais quelle paix quand le texte est accouché!


Belle soirée,


bises!



Suzâme 10/06/2011 18:42



Bonsoir Askelia,


Pendant longtemps, j'ai saisi la plume pour qu'elle m'emmène au plus loin, au plus doux, au plus beau de l'existence parce que la vie me réservait toutes ses réalités et cela me suffisait.
J'avais besoin de rêver pour respirer. Depuis la création de mon blog, en janvier, ma participation à quelques défis et ateliers d'écriture, y compris le mien sur Nanterre, j'esquisse autre
chose. Parfois ce sont des portraits qui partent du réel et se retrouvent avec des traits plus durs, des comportements, des choix, des états d'âme extrêmes. Le papier, corps sensible,
accepte toutes les ivresses. N'est-ce pas? A bientôt chez toi. Suzâme