Jeudis en poésie : Salomé de Czeslaw Milosz

Publié le 17 Janvier 2013

 

 

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Gustave Klimt link

— Jette cet or de deuil où tes lèvres touchèrent,
Dans le miroir du sang, le reflet de leur fleur
Mélodieuse et douce à blesser !
La vie d'un sage ne vaut pas, ma Salomé,
Ta danse d’Orient sauvage comme la chair,
Et ta bouche couleur de meurtre, et tes seins couleur de désert !
— Puis, secouant ta chevelure, dont les lumières
S’allongent vers mon coeur avec leurs têtes de lys rouges,
— Ta chevelure où la colère
Du soleil et des perles
Allume des lueurs d’épées —
Fais que ton rire ensanglanté sonne un glas de mépris,
Ô beauté de la Chair, toi qui marches drapée
Dans l’incendie aveugle et froid des pierreries !
Ton oeuvre est grande et je t’admire,
Car les yeux du Prophète, lacs de sang et de nuit
Où le fantôme de la tristesse se mire,
Comme l’automne en la rosée des fleurs gâtées
Et le déclin des jours dans les flaques de pluie,
Connaîtront, grâce à toi, la volupté d’Oubli !
— Ah! tournant vers ce front sinistre, que saccagent
Les torches mal éteintes de l’hallucination,
Tes yeux ensoleillés comme les fleurs sauvages
Et les flots de la mer poignardés de rayons,
Tu peux battre des mains, et le faire crier bien fort
Ton rire asiatique amoureux de la mort !
Car, les pensers d’orgueil et les pudeurs de vanité,
Qui tombèrent pour ta gaîté
Avec un bruit d’idole creuse et un râle de bijoux faux,
Ne valent, ni tes bras luisants et recourbés
Comme les glaives et les faux,
Ni tes cheveux amers et durs comme l’herbe brûlée,
Salomé, Salomé,
Glorieuse qui sus chasser
Le sarcoramphe noir Ennui du coeur d’Hérode,
Et qui fis en dansant l’aumône de la mort !
La sagesse mûrit pour la faim de la Terre,
Et toi tu vis ! et tu respires, ô Beauté,
Et ta chair réelle a des brises de santal
A la place où ta voix s’effeuille en accords rares,
Et le Monde s’abreuve à tes veines barbares
Où la pourpre charrie un délice brutal !

— Et nous qui connaissons la certitude unique, 
Salomé des Instincts, nous te donnons nos coeurs 
Aux battements plus forts que, les soirs de panique, 
L’appel désespéré des airains de douleur,

Et nous voulons qu’au vent soulevé par ta robe 
Et par ta chevelure éclaboussée de fleurs
      Se déchire enfin la fumée
      De l’Idéal et des Labeurs,

O Salomé de nos hontes, Salomé !
 

 

 Czeslaw Milosz

(1911/2004)

 Lien :  link

 

Pour les Croqueurs de mots et ses  Jeudis en poésie,  Hauteclaire nous propose le thème de "La femme fatale"

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Rédigé par Suzâme

Publié dans #Jeudis de la Poésie

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Ren 23/07/2013 09:57

Salomé aux mains douces (RC)






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peinture: Lukas Cranach : Salomé & la tête de St Jean Baptiste

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Salomé aux mains douces

En chevelure rousse

Joue peut-être les vautours

En habits de velours



Son visage est bien rose

Le tout, sans ecchymoses

Rose sans pétales

Et St Jean est pâle



Enfin, juste sa tête…

C’est après la fête

On s’est rempli la panse

Et la Salomé danse



Presque en transes, danse

Et…… mérite récompense

Afin que rien ne prive

Du spectacle , les convives



Et contribue à la fête

On amène le prophète…

Elle obtient la tête de Jean

Sur un plateau d’argent



Posée délicatement

Et presque joliment

A la manière d’un saucisson

( c’est la décollation)



L’opération est simple, elle consiste à séparer

Le corps de la partie supérieure, qui permet de penser

Bien sûr il y a quelques éclaboussures ,et c’est assez

Impressionnant, mais plus propre que de scalper…





Le peintre nous rapporte avec délices

Des instants inscrits en histoire– ce supplice…

Qui sont toujours délicats

Mais rendus en couleurs, en habits d’apparat



….. Aurait-elle tué le prisonnier

S’il n’avait eu les mains liées ?

Sa veste matelassée

En aurait été froissée !!



Ce qui serait dommage pour l’aventure

Et aussi, pour la peinture

Cà aurait fait un couac

…Même chez Cranach



St Jean est une "chose"

De celles qu’on dépose

Avec les gâteaux

Le tout sur un plateau…



Salomé en tailleur

A le regard ailleurs

Et semble bien encombrée

Par la lourde épée



Comme marteau et enclume

(avec son chapeau à plumes)

Calée dans son cadre

Comme à la parade



Un peu dégrisée

Son regard rusé

Qu’on voit au musée

N’a rien d’aiguisé..



Au jeu des horreurs

On y voit la mort

Venir rôder par ici

Et suivre les prophéties



Mais la peinture fascine

La foule jubile et assassine

Pâmoison, sensations, et adoration

En grandes files,pour voir l’exposition.



RC 2 avril 2012

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Durgalola 24/01/2013 22:07


j'aime beaucoup Klimt.


Bises et bonne soirée 

claudine/canelle 24/01/2013 16:12


Merci pour ta vsite Suzanne `Je suis sur la route juste quelques jours , je repasse te lire dès mon retour prevu Lundi


Bonne fin  de Journée

valdy 20/01/2013 17:35


Mais oui, bien sûr la femme fatale est Salomé ! La poésie et la peinture de Klimt se marient à merveille,


Une découverte pour moi que ce poète à l'écriture sensuelle -que tu ne pouvais négliger -


Bizz

rosinda59 19/01/2013 21:27


voilà ce que j'appelle vraiment la parfaite définition de la femme fatale sur laquelle on ne peut s'empêcher de détourner le regard et de s'y arrêter.


Désirer dans nos rêves un peu fou être celle qui inspire la passion et le désir. Un fantasme d'une femme qui se voit vieillir peut être un peu trop vite et qui n'a pas eu le temps de profiter
d'une jeunesse dont la vie la privée.


Peu importe : magnifique moment pour cette lecture divine


un plaisir non feint


régine