Dans l'antre des sorcières avec Hauteclaire

Publié le 18 Février 2012

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Est-ce que vous me croirez si je vous dis qu’en ce jeudi 9 février alors que nous étions au centre de cette exposition, nous avons mutuellement décidé de ne pas interpeller
 
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 Belzébuth
 
ni
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 Asmodée
 
 
 
et encore moins
 
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Astaroth
 
Ah oui, nous nous étions retrouvées au Musée de la poste pour l’exposition «Sorcières Mythes et réalités»
 
On apprend que les voyantes dites «hystériques et devineresses» sous le règne de Louix XIII étaient condamnées au même titre que les sorcières et la moindre femme «énervée » pouvait être considérée comme «possédée».  
 
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 "Convocation au sabbat de José de La Pena, peintre espagnol - 1938
auteur de 18 tableaux racontant les procès en sorcellerie menés par Pierre de Lancre en 1609 dans le pays de Labord (province du pays basque)
Musée basque de Bayonne
 
En déambulant lentement, chacune de notre côté, tour à tour, nous nous laissâmes impressionner par des scènes de sabbat. Je frémissais de découvrir infanticide, antrhopophagie, licence sexuelle.

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Scène de sorcellerie de David Téniers, peintre du XVIIIe siècle
 
Espace étrange où chaque tableau ou gravure nous regarde, nous invite à explorer et pourquoi pas vivre un instant dans cette dimension des pouvoirs surhumains.

Livres anciens sur les affaires de possession diabolique dans les couvents de Loudun en 1632, à Louviers au milieu du XVIIe siècle exposés comme des tentations pour des apprenties comme nous.  
Les pratiques magiques au gré de petites poupées sculptées ou chiffons piquées plutôt trois fois qu’une m’effrayaient. Oh la petite nature !  
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    Cette page sur cette visite n’est pas vraiment culturelle parce que je ne saurais pas vous informer par un article érudit que vous pourrez aisément  trouvé sur le web mais j’ai beaucoup de joie à commenter notre rencontre.
Il faut que je vous dise avant de vous quitter,  Hauteclaire m’a désenvoûtée devant une tasse de thé.
 
Suzâme
(18/02/12)
 
 
Voici un site qui développe avec justesse le statut des sorcières
   
Voici quelques poèmes inspirés d'un siècle à l'autre, nous sommes loin de la chasse aux sorcières. Les poètes les apprivoisent et cherchent en elles peut-être l'autre visage de leur muse.

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    La ronde du sabbat de Louis Boulanger
(1806/1867)
   

À M. CHARLES N.
 
BALLADE QUATORZIÈME
 
LA RONDE DU SABBAT. 
 
Hic chorus ingenus
… Colit orgia.
Avienus.
N’est-ce pas comme une légion de squelettes sortant horribles de leurs tombeaux ?
Alph. Rabbe.
La lune qui les voit venir
En est toute confuse.
Sa lueur prête à se ternir
À ses yeux se refuse.
Et son visage à cet abord
Sent comme une espèce de mort.
Saint-Amand.
 
Voyez devant les murs de ce noir monastère
La lune se voiler, comme pour un mystère !
L’esprit de minuit passe, et, répandant l’effroi,
Douze fois se balance au battant du beffroi.
Le bruit ébranle l’air, roule, et longtemps encore
Gronde, comme enfermé sous la cloche sonore.
Le silence retombe avec l’ombre… Écoutez !
Qui pousse ces clameurs ? qui jette ces clartés ?
Dieu ! les voûtes, les tours, les portes découpées,
D’un long réseau de feu semblent enveloppées.
Et l’on entend l’eau sainte, où trempe un buis bénit,
Bouillonner à grands flots dans l’urne de granit !
À nos patrons du ciel recommandons nos âmes !
Parmi les rayons bleus, parmi les rouges flammes,
Avec des cris, des chants, des soupirs, des abois,
Voilà que de partout, des eaux, des monts, des bois,
Les larves, les dragons, les vampires, les gnômes,
Des monstres dont l’enfer rêve seul les fantômes,
La sorcière, échappée aux sépulcres déserts,
Volant sur le bouleau qui siffle dans les airs,
Les nécromants, parés de tiares mystiques
Où brillent flamboyants les mots cabalistiques,
Et les graves démons, et les lutins rusés,
Tous, par les toits rompus, par les portails brisés,
Par les vitraux détruits que mille éclairs sillonnent,
Entrent dans le vieux cloître où leurs flots tourbillonnent.
Debout au milieu d’eux, leur prince Lucifer
Cache un front de taureau sous la mître de fer ;
La chasuble a voilé son aile diaphane,
Et sur l’autel croulant il pose un pied profane.
Ô terreur ! Les voilà qui chantent dans ce lieu
Où veille incessamment l’œil éternel de Dieu.
Les mains cherchent les mains… Soudain la ronde immense,
Comme un ouragan sombre, en tournoyant commence.
À l’œil qui n’en pourrait embrasser le contour,
Chaque hideux convive apparaît à son tour ;
On croirait voir l’enter tourner dans les ténèbres
Son zodiaque affreux, plein de signes funèbres.
Tous volent, dans le cercle emportes à la fois.
Satan règle du pied les éclats de leur voix ;
Et leurs pas, ébranlant les arches colossales,
Troublent les morts couchés sous le pavé des salles…
 
Extrait «Odes et Ballades» de Victor Hugo   La soupe de la sorcière

 -*-*-*-
m060704_0000610_p.jpg"Etude d'un sujet allégorique" de Rubens - 18è siècle 
 
La Loreley
    à Jean sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Guillaume Apollinaire
(1880 - 1918) 
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La soupe de la sorcière

Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d’eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous

Sur le feu pendant quatre heures
Ça chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c’était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre

Jacques CHARPENTREAU

et pour conclure quelques extraits de nos textoésies :

"Retrouvailles de sorcières bien aimées. "Encore deux qui n'iront pas au bûcher", murmure un curé qui les avait remarquées..."
Suzâme

Réponse d'Hauteclaire :
"Car bien sûr elles ne pratiquent que la magie la plus bénéfique. Celle de l'amitié..."

Rédigé par Suzâme

Publié dans #Promenades, rencontres

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Hauteclaire 07/03/2012 00:52


Bonsoir Suzâme,


je n'avais pu voir avant cette relation de notre visite dans l'antre des sorcières, ni les extraits que tu avais choisis.
Une visite une fois de plus un grand moment d'amitié, nous rejoignant sur l'horreur des exactions pratiquées à l'encontre des femmes.
Touche d'humour malgré tout avec cet oubli du beurre


et une recette qui doit être savoureuse dans ton dernier commentaire  !


Gros bisous en nocturne


(quant à désenvouter, il me semble que les crèpes au chocolat étaient bien plus efficaces que moi   )


 

Suzâme 13/03/2012 04:16



Un bonjour très matinal Hauteclaire,


Ce souvenir d'exposition en amitié garde toute sa saveur. La magie noir, la notion du mal, du diable me font encore un peu peur. Depuis cette exposition, je crains la visite de sorcières.
Bisous. Suzâme



zazou 20/02/2012 17:45


La soupe de la sorcière... Certains de mes élèves ont choisi de l'étudier cette année. Poésie plaisante

Suzâme 23/02/2012 20:36



Je ne serais jamais contre une poésie qui s'adresse aux enfants dès le plus jeune âge. J'espère qu'ils y sont encore sensibles. A bientôt pour une visite chez toi. Suzâme



libre necessite 20/02/2012 12:15


un monde étrange et effrayant qui attire pour communiquer avec nos fantasmes. Pas étonnant que tant de poètes et d'écrivains ont été inspités. Bise Dan 

Suzâme 23/02/2012 20:25



On peut tout imaginer: Il y avait de belles sorières qui brûlaient nues au bûcher des hommes et des sorcières laides et vieilles qu'il fallait chercher dans de vieilles masures isolées au fond
des forêts. Voyantes, guérisseuses puis ensorcellleuses pour conjurer les sorts ou les jeter à la demande pour satisfaire la vengeance de clients très discrets...



flipperine 20/02/2012 09:54


ah ces sorcières comme les enfants les craignent

Suzâme 21/02/2012 20:34



A cause leurs nez crochus et de leurs balais mais lorsque les garçonnets deviennent des hommes ils sont attirées par celles que leurs désirs mettent au bûcher. La femme est souvent sacrifiée à
l'autel des frustrations; d'où ce nombre de sorcières, victimes de l'inquisition. bisous. Suzâme



Carole Chollet-Buisson 19/02/2012 20:31


On dirait que tout le monde a commis ici peu ou prou le péché de sorcellerie... Puisque beaucoup citent les ouvrages de leur bibliothèque, j'indique aux amateurs que je possède pour ma part une
réédition (en latin) du "Marteau des sorcières"du délirant Sprenger... Mais je préfère les Sorcières de Salem vues par Miller : cette pièce explique bien des choses...

Suzâme 21/02/2012 20:31



Vos témoignages me sont précieux. Je suis avant tout une vagabonde, une inspirée. Je ne sais rien. A bientôt. Suzâme