Aragon : Les mains d'Elsa

Publié le 11 Avril 2012

Depuis longtemps, je cherche trésors dans les livres. Quelle étrange folie? Oui, je me nourris de poèmes ou d'extraits et vais cueillir sur les étagères tous les fruits qui me sont essentiels . Depuis le temps, j'aurais pu apprendre par coeur les vers que je préfère et les déclamer sur le marché. Mais lesquels?

Pour la seconde partie du rendez-vous de lecture de mon association qui a lieu dans quelques heures, j'ai pris dans ma haute bibliothèque, une anthologie achetée d'occasion :


"Conversations amoureuses" aux Editions Géraldine Martin
Comme je l'avais fait, et c'est un rituel - non une manie, je l'espère - lors de ma première découverte et là, maintenant pour ce soir : j'ai ouvert ce livre en choisissant un poème au hasard. Je suis tombée en profondeur sur ce poème d'Aragon que je n'avais encore jamais lu. J'avais été fascinée par "Les yeux d'Elsa", reconnaissant les vers sans les avoir même retenus un jour mais ce jour, à cet instant propice, je suis tout simplement comblée de poésie. Le voici, pour vous :

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

 

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi


Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli


Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots


Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu


Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Extrait du "Fou d'Elsa",
Édition Gallimard

(collection Blanche)

Site : Poésie.net

Rédigé par Suzâme

Publié dans #Mon anthologie poétique

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lepharedesmots 14/04/2012 11:35


Quelle beauté dans ces vers !

Suzâme 14/04/2012 20:27



Quelque chose qui donne de la chair aux vers...



adamante 13/04/2012 10:48


"ce frémir d'aime qui n'a pas de mots"...    une envie de le relire, il n'y a pas loin à aller. Merci de ce partage Suzâme, il fait le matin heureux.

Suzâme 14/04/2012 20:21



Retrouver le temps des découvertes et retrouvailles poétiques au gré des livres silencieux et patients. Bon dimanche. Suzâme



flipperine 12/04/2012 18:43


des mains pour bâtir le monde

Suzâme 14/04/2012 20:09



Des mains pour aimer...



Plume 12/04/2012 12:36


Je ne connaissais pas ce poème ... il est si fort, si bouleversant !


Merci Suzâme pour cette belle déclaration d'amour .


Bisou, Plume .

Suzâme 14/04/2012 19:59



Fulgurante cette rencontre au hasard d'une belle anthologie. Bisous. Suzâme



Catheau 12/04/2012 08:34


Aragon : il m'accompagne depuis des années et Marc Ogeret le chante avec tant d'âme !

Suzâme 14/04/2012 06:52



Depuis très longtemps, je recherche et j'écoute les différentes interprétations de ces textes si profonds. J'étais enfant lorsque Ferré et Ferrat notamment les ont mis en musique. Et c'est ainsi
que je vibre aux voix de Catherine Sauvage, Isabelle Aubret, Gréco principalement et les accompagne d'une trop douce voix.