"A une passante" pour le jeudi de Poésie de Lenaïg

Publié le 27 Janvier 2011

À UNE PASSANTE

 
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis ta nuit! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Charles BAUDELAIRE

Tableaux Parisiens - Les fleurs du mal

Rédigé par Suzâme

Publié dans #Extraits, citations

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Les chemins d'Anne Le Sonneur 30/01/2011 20:56


J'étais venue lire ce magnifique poème. Je m'étais promis de laisser un commentaire. Votre visite chez moi remet ma mémoire à l'heure.
Merci pour ce très beau choix. Baudelaire est le premier qui m'a fait entrer dans l'univers de la poésie.
Très belle soirée. Anne


Suzâme 02/02/2011 21:25



Bonsoir Anne,


Merci pour vos visites dans mon antre balbutiante. Nous sommes proches. Là, Baudelaire, car il est un des poètes classiques qui ne tombe pas des mains. Il laisse nos yeux ouverts encore longtemps
sur les moeurs et les sentiments des êtres. Et qu'importe la frontière des siècles, un pas de danse de l'âme suffit et nous nous retrouvons nombreux sur un poème entre la vie et le
rêve. Suzâme



Lenaïg Boudig 29/01/2011 23:32


Merci beaucoup, Suzâme, pour ce choix d'un des plus magnifiques poèmes de Baudelaire. Belle nuit à vous !


Suzâme 30/01/2011 11:02



Cela m'a permis de commencer avec "le jeudi de Poésie" et de retrouver la Poésie qui nous appelle, qui nous renverse et qui nourrit notre sensibilité. Merci de votre passage.Suzâme



Tibicine 29/01/2011 08:01


Bonjour suzâme. "Agile et noble avec sa jambe de statue", je me souviens bien de ce poème ; les fleurs du mal est un recueil que j'ai tellement lu que j'ai dû en racheter un exemplaire...Son regard
m'émeut particulièrement ; ce poème est un peu dans la tradition japonaise ; fremissement de l'homme sur le poignet de la Geisha..C'est effectivement un excellent choix. Bon week end à toi.
Tibicine


Suzâme 29/01/2011 13:58



Merci pour ton signe matinal. J'aime les poètes de l'absolu, les poètes maudits et ce n'est pas leur siècle qui m'en éloigne, au contraire. Oui, ce regard sur la femme qui fascine et qui
s'estompe m'inspire comme les oeuvres des peintres. Nul artiste sans muse... Suzâme



l'oeil qui court 27/01/2011 23:08


Toute la force du désir
et la retenue qui oblige
à laisser partir sans un
geste sans un mot la
femme rêvée.
Tout le regret issue de
cette réserve.
Un poème très évocateur.


Suzâme 29/01/2011 22:39



Bonsoir,


Poème de l'absolu, quand l'idéal s'incarne en femme qui s'éclipse et la poésie s'expose avec autant d'exigence que de grâce. Merci de votre passage.Suzâme



Parisianne 27/01/2011 21:54


Baudelaire, on ne s'en lasse pas ! Merci de ce choix qui m'offre la possibilité de relire ce poème.
Anne


Suzâme 29/01/2011 14:13



Je n'attendais pas ce rendez-vous avec les amoureux de la Poésie. Peu de poètes classiques m'intimident à ce point dans leur perception de la femme intemporelle et éternelle. Suzâme